• Une ministre et des sinistres par Youef Dris

     

    La Culture algérienne continue son agonie, le cinéma algérien reste vraiment l'ombre de son crépuscule …. Pour justifier leur catastrophique gestion, les responsables de notre Culture parlent "d'une crise de la création et de la production"Une ministre et des sinistres par Youef Dris


     

     

    Une ministre et des sinistres par Youef Dris A l’indépendance en 1962, l’Algérie comptait alors 424 salles de cinéma pour 15 millions d’habitants. Après l’indépendance, le cinéma algérien témoigne d’abord d’une volonté d’existence de l’Etat -nation. Les nouvelles images correspondent au désir d’affirmation d’une identité nouvelle.

    A l’origine du cinéma algérien, il y a cette question des films « vrais », « authentiques », celle de l’équilibre fragile entre la nécessité de raconter la vraie vie du colonisé et le besoin de s’échapper du ghetto identitaire construit par l’histoire coloniale. Le film « La Bataille d’Alger » de Gillo Pontecorvo (1966) reconstitue de manière réaliste et objective l’affrontement sanglant entre les parachutistes français du colonel Mathieu et les militants du Front de libération nationale (FLN) pour le contrôle du quartier de la Casbah à Alger en 1957.

    Censurée en France, l’oeuvre reçut le Lion d’Or à la Mostra de Venise de 1966, ce qui provoqua la colère de la délégation française. En 1975, il remporte la palme d’or au festival de Cannes avec « Chronique des années de braise » qui cette fois ne traite pas directement de la guerre d’indépendance. Son récit s’arrêtant à novembre 1954, mais qui alterne les scènes de genre (la misère de la vie paysanne) et recherche d’émotions portées par des personnages fragilisés (une famille emportée dans la tourmente de la vie coloniale).

    Les années 1970 apparaissent donc comme les années fastes du cinéma algérien avec la sortie de cinq films nationaux par an et une importante fréquentation des salles obscures par la population. Moins prolifiques que les années 70, le label 80 présente toutefois quelques films de qualité sur des thèmes tout aussi variés. Puis arrivèrent les années noires de l’Algérie avec l’apparition du terrorisme, elles vont mettre un terme à l’essor du cinéma algérien.

    La plupart des cinéastes fuient le pays après une vague d’assassinats parmi les intellectuels en 1993, tandis que la production cinématographique nationale disparaît presque complètement.

    Par la suite, la Culture algérienne et le cinéma en particulier prennent un coup dans l’aile et ne décollent plus. Évoquant une économie en berne, la Culture est devenue le parent pauvre de l’Algérie. Le budget qui est alloué à ce département rétrécit comme une peau de chagrin.

    Pourtant, dans tous les pays du monde, économie et culture sont loin de s’opposer, elles se nourrissent plutôt : c’est là ce qui fait la finesse de toute politique culturelle digne de ce nom. Quand on met en place une aide à la Culture et donc au cinéma, on pérennise toute une industrie, qui va ensuite servir la création. En Algérie, on a toujours aimé le cinéma, et détesté tous ceux qui gravitent autour et qui pour des raisons mercantiles étouffent la créativité.

    Si l’Etat avait opté pour une politique à long terme pour le patrimoine et l'enseignement artistique, il aurait encouragé la création de qualité. Au lieu de cela, on incrimine les réalisateurs ou les gens du cinéma à cause d’une production indigente, tout en les privant du nerf de la guerre et en privilégiant la médiocrité et les médiocres car opportunistes et très peu regardants sur les retenues indues sur les budgets alloués.

    Pour justifier leur catastrophique gestion, les responsables de notre Culture parlent "d'une crise de la création et de la production". Mais que savent-ils vraiment de la Culture ces personnes qu’on responsabilise à ces postes par accointance ou b’ni ammisme ? Les producteurs et les réalisateurs devraient exiger le droit de n'être jugé que sur leurs œuvres, et par des vrais professionnels et surtout par le public qui va dans les salles, non par ceux qui octroient les subventions par téléphone.

    Et que dire des sponsors qui snobent les créateurs en privilégiant les clubs sportifs ? L’absence d’une politique culturelle dynamique a fait de l’Algérie une périphérie dans le domaine de la production artistique. Les spectateurs suivent avec entrain les feuilletons syriens, égyptiens ou turcs et délaissent la production nationale appauvrie par le manque de moyens, mais qui résistent encore, et dont l’audience se limite à quelques cinéphiles passionnés qui attendent chaque fois du nouveau qui tarde à venir.

    Même si ces jeunes cinéastes sont encore trop peu nombreux (ou trop peu visibles à cause de cet handicap des moyens financiers) pour engendrer un mouvement artistique structuré capable de révolutionner les structures de production algériennes, ils ont le mérite de maintenir en vie le cinéma algérien par ailleurs moribond, en tenant de produire de belles œuvres et attendent cette « aumône » des responsables qui tarde à venir.

    Y.D.

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